Préparer sa plaidoirie

Préambule :

La forme du concours est libre, le texte ci-dessous ne donne qu’un aperçu de la méthode de construction et d’organisation d’un discours classique. Vous pouvez donc vous en éloigner, voire en faire abstraction, si vous n’avez aucune difficulté à rédiger un discours.  

 

Pour réussir un discours, il faut convaincre, plaire et  émouvoir. Depuis le temps de la Grèce Antique, il y a une structure classique du discours. Le discours se décompose en 5 parties, qui répondent à 5 temps d’élaboration préalables.

 

Les 5 temps de l’élaboration du discours

Temps 1 : L’invention

C’est trouver les idées, les arguments, les exemples. Pour ce faire, il est utile d’analyser chaque terme du sujet, d’en trouver les synonymes, les antonymes, les homonymes ainsi que  les citations, les expressions et les proverbes qui s’y rapportent.

Temps 2 : La disposition

Il faut organiser ses idées et faire un plan avant d’écrire. Il sera utile de coucher ses idées sur papier lorsqu’elles nous viennent à l’esprit, et ce de la façon la plus naturelle possible.

Si vous décidez d’utiliser un texte rédigé dans son ensemble lors de votre passage, dactylographiez votre discours en utilisant une police lisible (Times New Roman), une taille importante (18 ou plus) et insérez un interligne double. Vous ferez glisser vos feuilles sur votre pupitre lors de votre prestation et ne les tiendrez surtout pas dans vos mains.

Temps 3 : L’élocution

Ecrire et parler sont deux choses totalement différentes. Il est donc important d’écrire comme si vous parliez afin de pouvoir dire naturellement votre discours.

Par exemple, une phrase trop longue peut empêcher l’énonciation claire d’une idée. Il est difficile de se rendre compte de ce genre de détails sans dire son discours.

Temps 4 : La mémoire

Elle permet de retenir le discours et de ne pas le lire. Pour ce faire, il existe plusieurs méthodes.

Si vous décidez de rédiger votre discours dans son ensemble et de conserver vos feuilles, il faudra le lire encore et encore avant votre prestation, afin de pouvoir décoller au maximum vos yeux de vos notes et regarder le jury. N’hésitez pas à annoter votre discours en surlignant, par exemple, les passages les plus difficiles. Vous pouvez également l’apprendre par cœur, mais cela ne doit pas se ressentir : un discours n’est pas une récitation.

Il est également possible d’utiliser des techniques de balisage afin de mémoriser les arguments, les traits d’esprit ou autres jeux de mots que vous aurez imaginés lors des phases précédentes. Il faut alors les retenir en construisant, par exemple, un palais mental où chaque pièce correspond à un argument dans lequel vous vous imaginez déambuler pendant votre discours. Cette méthode a l’avantage de laisser plus de liberté à l’orateur qui peut adapter son discours selon les circonstances.

Les plus téméraires d’entre vous peuvent également tenter l’exercice en totale improvisation.

Temps 5 : L’action

Il faut répéter plusieurs fois son discours – d’abord seul – afin d’identifier les moments où vous devez ménager des silences (qui sont d’une importance capitale), hausser le ton, accélérer ou encore ralentir le débit. Il faut sentir le discours. Il s’agit ensuite de dire son discours devant d’autres personnes et d’accepter leurs critiques et leurs conseils. Il faut s’assurer qu’ils ont compris votre propos et que celui-ci sert bien votre objectif. C’est également l’occasion de s’assurer que vos traits d’humour font mouche… ou pas.

Il est vivement conseillé de faire des allers retours entre la phase 5 et la phase 2. Cela permet de modifier légèrement votre discours selon les critiques reçues. Attention cependant, la répétition excessive de votre discours peut vous en faire apparaitre toutes les faiblesses et vous pousser à le modifier dans son ensemble. C’est une erreur à ne pas faire, il faut se forcer à aimer son texte pour le déclamer avec force. Les faiblesses que vous décelez ne seront pas forcément identifiées par votre auditoire à la première écoute. Les écrits restent, et on peut les relire encore et encore jusqu’à en identifier les moindres faiblesses; les paroles, elles, s’envolent…

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Les 5 phases du discours

Phase 1 : L’exorde

L’Exorde est le début de votre discours, elle doit être maîtrisée et mettre l’auditoire dans de bonnes dispositions à votre égard. Il s’agira avant tout de capter l’attention. Pour l’exemple, dans la Rome Antique, Cicéron, alors consul, s’en prend au conspirateur Catilina en débutant son discours par l’exorde suivante : « Jusqu’à quand abuseras-tu de notre patience Catilina ? ».

 

Il existe 3 types d’exorde :

  • L’hommage. C’est par exemple « mesdames, messieurs, je suis honoré de prendre la parole devant vous ce soir… ». C’est la forme d’exorde la plus classique.

  • La dramatisation de l’enjeu. Commencer par quelque chose de grave, sur un ton grave. « J’ai quelque chose de très grave à vous dire, aujourd’hui : la liberté a trépassé… ». Elle permet de mettre l’accent sur le sujet.

  • Parler d’autre chose pour mieux revenir au sujet. Dans les concours d’éloquence il est possible de commencer son discours par un propos auquel personne ne s’attend. Cela permet de susciter l’interrogation pour capter l’attention. Cette technique est très efficace mais il faut relier le propos initial au sujet traité assez rapidement pour ne pas perdre son auditoire.

Phase 2 : La narration

Cette phase est optionnelle et elle correspond d’avantage à la plaidoirie qu’au discours. Néanmoins, il y a une résurgence de la narration dans les discours politiques. Le Président Obama raconte des histoires dans son discours Yes we can ainsi que dans celui del’Etat de l’Union du 20 janvier 2013 au cours desquels il décrit une catastrophe naturelle au travers d’histoires de personnes l’ayant vécue. La narration est un outil puissant si elle sert le propos du discours.

Phase 3 : L’argumentation

Il faut trouver les arguments en se demandant pourquoi la position que l’on défend, sur le sujet que l’on défend, est la bonne.  Il faut au moins deux ou trois arguments filés. Il est possible d’en développer d’avantage mais le discours ne doit pas devenir un catalogue d’arguments. Le texte étant déclamé et non écrit, il faudra expliciter chaque argument et le simplifier au maximum afin de ne pas perdre son auditoire.

Attention à ne pas trop nuancer car la conviction n’autorise pas le doute ! Si vous doutez, vous ne pourrez pas convaincre. Un scientifique fait la part des choses et nuance les faits. L’avocat, l’homme politique et l’orateur au sens large sont profondément convaincus que ce qu’ils disent est la vérité.

Phase 4 : La réfutation

Cette phase est également optionnelle. Notre contradicteur, celui qui défend la position opposée à la nôtre, a toujours tort. Il faut donc imaginer les arguments qu’il utilisera pour les contredire et les vider de leur force.

La réfutation doit être claire. La position que votre contradicteur adopte peut être suggérée lors de la phase précédente, celle de l’argumentation, mais jamais dans la réfutation. Nuancer dans la réfutation, c’est prendre le risque que les arguments de votre adversaire vous soient associés.

Phase 5 : Péroraison

C’est la fin de votre discours : il s’agit d’enfoncer le clou. Comme l’exorde, elle doit être complètement maîtrisée et laisser votre auditoire avec une formidable impression de vous.

Selon la personnalité de l’orateur et la nature du message délivré par la péroraison, elle peut se faire de deux manières :

  • Vers le haut : on accélère le débit et on renforce l’intensité de sa voix.

  • Vers le bas : on baisse le ton et on ralentit le débit.

Une péroraison est réussie si les applaudissements éclatent à la dernière syllabe. Appeler la fin d’un discours par des formules telles que « pour finir », « merci » ou « en conclusion » est fortement déconseillé lors d’un concours d’éloquence.

Maintenant, oratrices, orateurs, prenez du plaisir dans l’exercice, vivez votre prestation et éblouissez nous !